À bientôt 25 ans, Pierre Kalulu va découvrir l’équipe de France. Un accomplissement qui arrive cinq ans après son choix osé de quitter l’Olympique Lyonnais pour l’AC Milan. Aujourd’hui, il donne entière satisfaction avec la Juventus.
Pour l’instant, l’Italie le connaît beaucoup mieux que la France. Convoqué pour la première fois chez les Bleus par Didier Deschamps, à l’occasion de la phase finale de la Ligue des nations, Pierre Kalulu n’a jamais joué pour un club français. Le défenseur de 24 ans a pourtant été formé à l’Olympique Lyonnais, mais c’est à l’AC Milan qu’il a fait ses débuts chez les professionnels. Avant de rejoindre la Juventus cet été et de s’y imposer comme titulaire indiscutable.
“C’est sans doute un des joueurs dont on parle le plus en Italie”, soulignait d’ailleurs Johann Crochet, spécialiste du football transalpin, dans le podcast After Italie en octobre dernier. À la même période, le Corriere dello Sport parlait de lui comme d’une “furie sur commande”, avec des “foulées impériales” et une “maîtrise de patron”. Depuis, la Juve a été en difficulté. Mais que ce soit avec Thiago Motta ou Igor Tudor sur le banc, son statut de titulaire n’a pas bougé. “Je suis convaincu de son potentiel et de la force qu’il a”, disait le premier cité.
Le match à Prague qui a tout changé
De prime abord, avec son mètre quatre-vingt-deux, Pierre Kalulu a le profil d’un latéral droit dynamique. Mais c’est bien dans l’axe qu’il se révèle. Tout bascule le 10 décembre 2020. Il est à Milan depuis quelques mois, sans avoir disputé la moindre minute. L’hypothèse d’un prêt commençait à germer. Mais contre toute attente, Stefano Pioli, l’entraîneur de l’époque, le titularise sur la pelouse du Sparta Prague en Ligue Europa. Au poste de central gauche. Un souvenir qu’il raconte au média Carré: “Je joue, je fais un top match. Franck Kessié, qui me consaillait énormément, me dit que le coach était choqué sur le banc. À partir de ce moment-là, ils m’ont dit qu’il n’y a plus de prêt ou de transfert. Tout s’est enchaîné jusqu’au titre de champion”. Un premier obtenu dès la saison suivante, 2021-2022, avec 21 titularisations sur 28 apparitions.
“Il a une personnalité incroyable: il est intelligent, rapide, il est fort. Il ne me surprend plus, je le connais bien: il est arrivé les lumières éteintes, il s’applique, et je suis content”, savourait Stefano Pioli, aujourd’hui en poste à Al-Nassr.
“Il n’a jamais été le premier de la catégorie”
La trajectoire valide complètement son choix, en pleine crise sanitaire, de ne pas signer son premier son premier contrat professionnel à Lyon. Le club lui est très cher, comme en attestent ses nombreux partages sur les réseaux. Mais la “confiance” qui lui avait été promise dans un communiqué du club s’était traduite par une seule inscription sur une feuille de match. “Je n’avais pas forcément peur de l’échec à Milan car je pouvais aussi rester à Lyon et finir aux oubliettes”, avait-il confié par la suite à L’Équipe.
“Il avait tout pour réussir probablement à Lyon. Mais dans une année où on était dans de grosses difficultés, évidemment les entraîneurs et le directeur sportif ont tendance à utiliser, essayer de mettre en oeuvre des joueurs qui ont une longue expérience”, déplorait Jean-Michel Aulas, président lyonnais de l’époque. La frustration est peut-être aujourd’hui du côté de l’AC Milan, qui a préféré laisser le joueur partir en prêt (3 millions d’euros pour la saison et 14 milions d’euros en option d’achat) à la Juventus après un dernier exercice perturbé par des blessures.
“Pierre a toujours été quelqu’un qui s’est adapté depuis très jeune. Je le suis depuis qu’il a 11 ans”, se rappelle Jean-François Vuillez, ancien directeur du centre de formation de l’Olympique Lyonnais, au micro de RMC. “Il n’a jamais été le premier de la catégorie, le joueur le plus mature, le joueur le plus en avance. Il a toujours bataillé pour gagner sa place, il s’est construit mentalement. Il sait qu’il doit être patient dès qu’il y a un nouveau challenge”.
Un défenseur très réactif
Pierre Kalulu, par ailleurs passionné de cinéma, c’est aussi l’histoire d’une fratrie franco-congolaise remarquable dans le monde du football. Ses deux aînés et son cadet sont joueurs professionnels. Du plus âgé au plus jeune: Aldo au Partizan Belgrade, Gédéon au FC Lorient et Joseph au Pau FC.
Pour ce rassemblement de juin, le Bianconeri bénéficie assurément des forfaits de William Saliba, Jules Koundé ou encore Dayot Upamecano. “Cela fait un moment qu’on le suit. (…) Mais ça reste aussi dans mon esprit de pouvoir faire bouger les lignes, d’avoir des enseignements par rapport aux échéances futures”, a commenté Didier Deschamps en conférence de presse, qui n’a pas précisé s’il comptait le faire jouer dans l’axe ou à droite. Ce qui dépendra aussi de sa façon de solliciter Benjamin Pavard. Et de ce qu’il compte faire du poste de latéral droit pour les deux matchs difficiles à venir.
Les Bleus vont en tout cas pouvoir compter sur un “défenseur agressif en avançant, très réactif et dynamique sur les premiers appels”, qui s’est aussi révélé cette saison en était capable de bonnes prestations lorsqu’il faut essentiellement reculer et assurer “dans sa propre surface”, comme l’expliquait Johann Crochet dans l’After Italie. Et à droite, il pourrait aider à équilibrer un système avec, par exemple, son ex-coéquipier Théo Hernandez beaucoup plus offensif de l’autre côté. Suffisant pour le voir sur la pelouse de Stuttgart contre la Roja? Ce serait un beau cadeau d’anniversaire. Il fêtera ses 25 ans le 5 juin.